Le pain quotidien, si souvent réclamé dans les prières, avait évidemment une valeur sacrée. Avant de l ‘entamer, tout paysan dessinait dessous, de la pointe du couteau, un large signe de croix.. Dans les Hautes-Vosges, au début d’un repas de noces, une invitée enceinte — s’il s’en trouvait une dans l’assistance — offrait à la mariée un quignon de pain sur lequel elle dessinait un signe de croix, disant: «Puisse‑t-il vous faire autant de profit qu’à moi !» En Poitou, le «pain de calendre» désignait une grosse miche qu’on cuisait la veille de Noël. Le grignon était sanctifiée par trois croix, tracées sur la croûte à la pointe du couteau, et pieusement conservé comme remède miracle au fond de la maie. La maisonnée se partageait le restant de la miche pendant le repas du 25 décembre. Quand ils ne s’ap‑

préciaient guère, les Beaucerons se souhaitaient les voeux de nouvel an par cette formule peu amène : «Bonne année
de pain tendre ! Que la mie t’étouffe, que la croûte t’étrangle !»
À l’église. Celui qui offrait le pain bénit, le payait de sa bourse. C’était à chacun son tour, dimanche aprèsdimanche. Des bonnes femmes peu argentées devaient se cotiser pour ne pas louper leur part de Paradis. Deux enfants de choeur portaient l’offrande sur un brancard d’épaule, le bedeau d’un côté et le présentateur de l’autre. Le prêtre célébrait l’offertoire, puis rompait le pain qu’il partageait en trois grignes : l’une pour lui, la seconde pour la famille qui assurerait la prochaine donation, la troisième pour le garçon qui présentait . En certaines paroisses, selon une habitude ancienne auquel nul ne trouvait à redire, le pain bénit prenait un petit goût de gâteau: il était fait d’une pâte briochée ou feuilletée. Sans aller jusqu’à multiplier les pains,, il n’y a rien de sacrilège à servir la messe en l’agrémentant de bonnes choses ; cela contribue au contraire à nourrir la piété des fidèles.

 

Croyances et supertitions
À manger du pain, une oie perdait ses plumes, tandis qu’un âne, en Provence, devenait amoureux. Le jeudi saint, les Bretons pendaient une grosse miche à la poutre maîtresse de leur logis et l’y laissaient jusqu’à la semaine pascale sui­vante : en absorbant les mauvais airs, elle protégeait des pandémies la maisonnée.
Superstitions. Poser un pain à l’envers, sur la table familiale, attirait le malheur sur la mai­son, car l’inconvenance invitait le diable à prendre pension; cette vieille peur renvoyait aux temps où les boulangers mettaient à part, la croûte en dessous, les miches destinées au bourreau et aux fabri­cants de cordes  La même négligence attirait la pluie en Bretagne, faisait pleurer la Sainte Vierge en Normandie, mettait de la pourriture dans la mie à Paris. Une jeune Alsacienne se gardait de torcher une casserole avec du pain, par crainte d’avoir un mari qui ne lui conviendrait pas.

Deja un comentario